Haïti. Des milliers de personnes dans les rues de Port-au-Prince contre l’insécurité

Des milliers de personnes venues de Canapé-Vert, de Débrosse, de Turgeau, de Bois-Verna, d’anciens résidents de Solino et de Nazon et des résidents de plusieurs quartiers de Pétion-Ville et de Delmas sont descendues dans les rues pour réclamer la sécurité.

Tôt, mercredi 2 avril 2025, plusieurs artères de la région métropolitaine de Port-au-Prince ont été barricadées en prévision à la manifestation annoncée par les résidents de Canapé-Vert et grâce à a la solidarité affichée par des résidents d’autres quartiers qui ont rejoint ce mouvement. De Delmas à Turgeau, des pneus enflammés et d’autres objets ont été utilisés pour bloquer la circulation.

Les stations de camionnettes qui, en temps normal, grouillent de tap-tap et de clients, n’ont pas rassemblé grand monde ce mercredi. Le petit commerce, les institutions bancaires, les institutions scolaires et les entreprises ont préféré fermer boutique.

« L’objectif de cette mobilisation c’est la recherche de la vérité car nous avons le sentiment que le peuple n’a pas tous les éléments d’informations à sa disposition mais la primature et les membres du CPT ont la réponse. Nous devons savoir pour quelle raison les dirigeants actuels ne peuvent pas rétablir la sécurité », avait déclaré Etzer Jean, membre du comité organisateur de la manifestation, interviewé à la matinale de Magik 9, mercredi.

Questionné sur le comportement de certaines institutions qui ont préféré ne pas fonctionner en cette journée en raison de la mobilisation annoncé, M. Jean a jugé qu’il s’agissait d’un « acte intelligent. »

Entre-temps, dans les rues, la foule se mobilisait. À Lalue, les anciens résidents de Solino et de Nazon qui survivent dans les camps de déplacés ont mis cap vers Canapé-Vert en vue de rejoindre la mobilisation. À Canapé-Vert, ils ont retrouvé les milliers d’autres citoyens, hommes et femmes, qui s’apprêtaient à crier leur ras-le-bol face à l’insécurité et à appeler l’État à prendre ses responsabilités.

« J’appelle tous les policiers qui protègent ces dirigeants à rejoindre notre mouvement. Ces policiers qui se préparent à gazer la population, je les avertis que cette mobilisation est dans leur intérêt », criait une dame interrogée à proximité du commissariat de Canapé-Vert, alors que d’autres personnes continuaient d’affluer avant le début de la manifestation.

« Nous sommes là pour réclamer la sécurité. Nous ne pouvons pas vivre sans sécurité. Nous voulons la sécurité car nous ne voulons pas qu’on livre Canapé-Vert, c’est notre unique quartier. Nou anvi viv! (on a envie de vivre )», a renchéri une autre dans le même ton, appelant les policiers à permettre à la population de manifester en toute quiétude.

« Nous sommes là pour dire à l’État que nous n’en pouvons plus. Le peuple n’en peut plus. J’espère que les autorités au plus haut niveau de l’État fassent le constat et soient conscientes. Nous n’avons nulle part où aller, nous ne pouvons pas fuir », a tonné un jeune homme.

La marrée humaine rassemblée au Canapé-Vert, le visage masqué pour certains, munie de machette, de pancarte ou de branche d’arbres est prête pour faire entendre ses revendications. Sous le coup de 11 heures, la foule partie de la place de Canapé-Vert prend la direction de la rue Dalencourt pour rejoindre Bourdon. Là, des policiers, déjà en place, ont fait usage de gaz lacrymogène pour forcer les manifestants, après plusieurs tentatives, à rebrousser chemin. 

Pourtant, la foule loin de décourager, sous l’invitation des organisateurs prend la direction de Pétion-Ville en passant par Juvénat. À mesure que les manifestants s’approchent de Pétion-Ville, d’autres personnes viennent grossir les rangs de ceux qui chantent et crient leur soif de vivre dans un climat de paix. « Leta, Leta, debloke peyi a», chantent-ils.

À Pétion-Ville, où les manifestants ont rencontré une autre branche partie de cette commune, ils convergent vers Musseau où siège les membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) et le premier ministre. Sur leurs parcours, ils font tomber des panneaux publicitaires placés sur la route et profèrent des menaces, alors que des rumeurs faisant croire à l’arrestation de « Samuel », ainsi connu, un agent de police affecté à l’Unité de sécurité générale du palais national (USGPN), chef de la brigade d’auto-défense à Canapé-Vert.

Arrivés à proximité des bureaux visés, les manifestants ont dû faire face aux policiers placés pour empêcher à la foule de progresser. Les policiers font usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Alors que certains manifestants fuyaient, d’autres plus braves ripostaient en lançant des pierres aux policiers. L’une des images qui a fait le tour de la toile, montre un homme, cul-de-jatte, qui marche dans un nuage épais de gaz lacrymogène, non loin des bureaux de la Primature.

Des reporters sur place ont fait état de tirs à balles réelles de policiers qui participaient à la manifestation, indiquant que les policiers anti-émeute ont aussi tiré à balles réelles pour dissuader les manifestants.

Interrogé en fin de journée par Le Nouvelliste, Etzer Jean n’a pas pu dresser un bilan définitif sur le déroulement de cette journée de mobilisation. « C’est un grand signal envoyé à l’État. Nous sommes quand même arrivés à destination et c’était notre objectif de connecter tout le pays pour réclamer le rétablissement de la sécurité », a réagi Etzer Jean, qui regrette le fait que les organisateurs n’ont pas pu délivrer leur message devant les bureaux de la Primature.

La mobilisation de ce mercredi 2 avril reste l’une des plus importantes en terme participation depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse et les manifestations pour réclamer la reddition des comptes après le scandale PetroCaribe. Etzer Jean a annoncé d’autres mobilisations pour forcer les autorités à rétablir la sécurité. « S’ils ne répondent pas à nos exigences, le mouvement peut prendre d’autres formes », a prévenu Etzer Jean.

Cette mobilisation arrive dans un contexte où les bandits continuent d’intensifier leurs attaques. En début de semaine, les gangs de la coalition Viv ansanm ont lancé une attaque sur la commune de Mirebalais où ils ont libéré plus de 500 personnes incarcérées à la prison civile de cette commune. En début de soirée, Le Nouvelliste a appris également des attaques de bandits contre la commune de Tabarre.

Source : Le Nouvelliste

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